Agnès Rosse

Elle fait rouler la route

Agnès Rosse voyage. Elle croise. Elle échange. Sur sa route, elle rencontre des objets, des mots, du vivant.  C’est une façon de se déplacer, elle regarde toujours par terre. Elle prend quelque chose qui existe, qui est là, à la portée de main et de regard, qui est gratuit, qui se ramasse et qui se cueille. NI VUE NI CONNUE, elle en fait son bien, son don, son lot.

C’est une calme aventurière. Elle lance vers les autres ses ponts sémantiques, ses passerelles poétiques. Car elle est essentiellement poète. C’est-à-dire qu’elle fait roulerla route. Voilàune définition de l’acte créatif : le poète fait roulerla route. Agnès Rossele fait vraiment, elle met des roulettes sous des morceaux de macadam. On appelle ça une sculpture. Elle fait aussi marcher la maison placée sur le bernard l’ermite qu’elle accueille en résidence artistique dans l’aquarium de lʼatelier. On appelle ça une vidéo. Sur son crâne, au bord de la mer, elle pose une tête de thon de plusieurs kilos. On appelle ça une photo. Chez elle, les catégories n’ont guère dʼimportance. Sculpture, vidéo, photo, objet, dessin, tout fait propositions drôles, stimulantes et toniques pour lʼesprit.

Elle va à la pêche et lance ses lignes. Elle fait AVEC. Elle collabore avec les plantes, avec le béton, avec l’air, l’air de rien. Elle a la grâce de laisser aller les choses, de ne pas les forcer. Elle fabrique tout elle-même; à sa propre façon. Ses inventions plastiques sont faites avec beaucoup de justesse et dʼattention. Ses dessins parlent du sensuel, de lʼintime, mais aussi de la haine et de la violence qui agitent le monde. Son œuvre est exigeante, elle traite, incognito, des thèmes fondamentaux de ceux qui sont sur cette planète et y vivent, avec leurs pattes, leurs sexes, leurs tentacules, leurs idées, leurs langages, leurs images, leur amour, leur envie.

Pierre Tilman

 Voir son multiple « Afrique, dans Atlas découpé »

Site web d’Agnès Rosse